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Ces dernières années, j’ai eu la désagréable impression que quelqu’un, ou quelque chose, bricolait mon cerveau, en reconnectait les circuits neuronaux, reprogrammait ma mémoire. Je ne pense plus de la même façon qu’avant. C’est quand je lis que ça devient le plus flagrant. Auparavant, me plonger dans un livre ou dans un long article ne me posait aucun problème. […] Désormais, ma concentration commence à s’effilocher au bout de deux ou trois pages. […] Mon esprit attend désormais les informations de la façon dont le Net les distribue : comme un flux de particules s’écoulant rapidement. Auparavant, j’étais un plongeur dans une mer de mots. Désormais, je fends la surface comme un pilote de jet-ski. s» En écrivant ces lignes dans un article du magazine The Atlantic de juin 2008, l’essayiste et blogueur américain Nicholas Carr a déclenché un immense débat, qui n’en finit pas de rebondir sur la Toile et à la une des magazines. Son article s’inspirait de son expérience personnelle de lecteur, pourtant averti, à l’ère de la révolution numérique. Peut-on généraliser cette expérience ? Sommes-nous en train de devenir des obèses mentaux, gavés d’informations, au sens où notre cerveau serait en train de subir les mêmes effets que nos corps déformés par la surconsommation et la malbouffe ?
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Bernard Stiegler (23 juillet 2009) Internet rend-il bête ? Télérama.fr
http://www.arsindustrialis.org/les-pages-de-bernard-stiegler